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Le Godot nouveau est arrivé !

La 1S et la 1ES participent cette année au prix Godot, prix décerné par les lycéens de l’Académie de Caen à une pièce de théâtre contemporaine.

par Lettres (I. T.).

Deux des classes de première du lycée général participent à un prix ambitieux : le prix Godot, qui récompense chaque année un dramaturge d’aujourd’hui. Ce prix a l’originalité d’être décerné par le public sans doute le plus éloigné du théâtre contemporain : des collégiens et des lycéens, tous issus de l’Académie de Caen. Cette année, aux côtés des élèves de Honfleur, on trouve des jeunes de Mortagne, Mortain, Caen ... mais aussi des élèves du lycée français de San Francisco !

En ce mercredi 16 mars, ce sont les deux « élus » de chaque classe qui se sont rendus au Panta théâtre, 24 rue de Bretagne à Caen, avec leur professeur : Mathilde et Clément pour la 1S, Enzo et Marco pour la 1ES.
Depuis plusieurs semaines, les six œuvres proposées sont lues, donnent lieu à des commentaires, des réflexions sur le théâtre ... et depuis quelques jours à des débats parfois assez animés. Car oui ! Au bout de l’aventure de lecture que propose chaque année le Panta théâtre à nos élèves, il faut choisir ! Ce choix, évidemment débattu dans les classes, s’accompagne donc des motivations qui l’éclairent (en quoi tel texte a-t-il plu ? est-il efficace, curieux, accrocheur, etc.? en quoi répond-il ou apporte-t-il un renouveau à ce qu’ils attendent du théâtre ? En quoi les sujets ou le traitement qui en est fait les intrigue, leur plaît, les interroge ?) afin de sortir du simple « j’aime/ j’aime pas ».
Un travail un peu identique a eu alors lieu ce mercredi, dans le foyer du Panta, pour aboutir à un choix pour toutes les classes . Chacun a posé les arguments de sa classe. Puis les élèves vont dans la salle et délibèrent pour élire ! C’est à la fois un exercice d’autonomie, de responsabilité et de démocratie ! Pas simple cette année, car les avis étaient très partagés ! Mais finalement, il ne doit en rester qu’un ! ...
Voici le résultat pour le Godot 2016, publié par le Comité de lecture du Panta !

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le prix Godot des collégiens et lycéens de Normandie 2016 a été attribué à Straight de Guillaume Poix parmi un corpus de six textes dramatiques comprenant :

Au Bois de Claudine Galea
Bien lotis de Philippe Malone
Chelsea Hôtel de Jean-Pierre Cannet
Miettes d’Ingrid Boymond
Retours de Fredrick Brattberg (Norvege)
Straight de Guillaume Poix

Straight est le neuvième lauréat du Prix Godot après

Burn, Baby, Burn de Carine Lacroix
Le mot Progrés, dans la bouche de ma mère... de Mattei Visniec
Toby ou Le saut du chien de Frédéric Sonntag
Dénommé Gospodin de Philipp Lohl (Allemagne)
SStockolm de Solenn Denis
Contre le progrès d’Esteve Soler (Catalogne)
Lilly/HEINER intra muros de Lucie Depauw
Johnny Misere de Sonia Ristic
La pièce déjà primée aux Journées des Auteurs de Théâtre de Lyon en 2015 est éditée par les Editions Théâtrales

Qu’est-ce que Straight ? (extrait d’une entrevue réalisée en 2015 pour le Web des spectacles)
Pourquoi, pour votre pièce Straight, êtes-vous parti sur le sujet très dur des femmes lesbiennes sud-africaines victimes de viols censés les remettre sur la voie de l’hétérosexualité ?

Guillaume Poix : J’ai vécu en Afrique du sud pendant six mois. J’ai été très marqué par le pays, par sa complexité politique. J’ai aussi été très sensibilisé à la question du viol, pas spécifiquement correctif, qui est une réalité assez prégnante là-bas : ce n’est pas de l’ordre de l’anecdote ou du fait divers, c’est vraiment un phénomène de société très présent dans la vie quotidienne. Il y a donc une contradiction assez incroyable dans ce pays entre le progressisme politique – ils autorisent le mariage pour tous depuis 2006 – et ces viols correctifs, spécificité monstrueuse. Je voulais parler de ce pays à travers un sujet qui ne soit pas celui de l’apartheid.

Un sujet qui aurait pu être traité par un journaliste ou un universitaire. Pourquoi en avoir fait du théâtre ?

La forme théâtrale me paraissait la plus puissante : c’est une manière de rassembler la communauté et de l’interroger directement avec des corps en scène, des voix. Mais ça a été très compliqué comme il y avait forcément l’impératif documentaire. Car si j’ai inventé des choses – le procès, des personnages ou des histoires d’amour –, les quatre femmes qui ont des patronymes complets dans la pièce ont vraiment existé et sont mortes suite à des viols correctifs. J’ai donc fait un aller-retour permanent entre un travail documentaire précis et une rédaction fictionnelle totalement libre, ce qui n’a pas été sans poser des problèmes éthiques de légitimité : comment moi, homme blanc hétérosexuel, je peux raconter la vie de ces femmes sans la travestir ? Et c’est justement tout ce travail d’auteur que j’ai fait pour aller jusqu’à elles qui m’a passionné. Quand j’écris, je veux aller aux endroits que je ne connais pas.

Comme vous le voyez, les lycées et collégiens ont fait le choix d’un théâtre très engagé !
La prochaine étape pour les élèves-électeurs ?
Préparer la cérémonie de remise de prix le 26 mai ! Tous iront au Panta rencontrer Guillaume Poix, jeune auteur plein de promesse ... La tradition veut que les élèves proposent un spectacle à cette occasion. Il reste donc du pain sur la planche ...